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November 27, 2002
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Plus de details sur un nouveau livre raciste publie en France (French)

Il y a une semaine, j'ai publie une lettre que j'ai envoye aux editions Flammarion. Voici la raison:

En contravention avec la loi de juillet 1949, les éditions Flammarion viennent de publier dans leur département jeunesse un livre d'une adolescente, Randa Ghazi. "Rêver la Palestine" est en effet, sous couvert d'une fiction s'appuyant sur des faits d'actualité, un brulôt d'incitation à la haine, à la violence, au jihad contre les Israéliens et les juifs. Un livre qui, dans le contexte socio-politique français, ne peut qu'encourager les actes antisémites. Élisabeth Schemla, auteur Flammarion, a enquêté et s'est heurtée à un refus catégorique de l'éditeur de se reconnaître une responsabilité quelconque vis-à-vis de ses jeunes lecteurs. Récit et extraits.

Le site Proche-Orient.info vient de publier un article sur ce livre raciste qui encourage la violence et le meurtre:

Dans un premier temps, j'ai lu de conséquents extraits de « Rêver la Palestine », paru début novembre chez Flammarion. Un livre écrit par une adolescente, Randa Ghazy, née en Italie de parents égyptiens et qui fréquente, près de Milan, un lycée classique. Et d'abord, je l'avoue, l'indignation provoquée par ces mots explosifs que j'avais devant les yeux, incitation à la violence, à la haine, au terrorisme, au jihad, cette indignation l'a presque cédé à la surprise, voire à l'incrédulité. Flammarion, avoir publié ces phrases ? Pourquoi ? Comment ? Et tous ceux que j'y connais y auraient souscrit ? [...]

Quant à moi, je me suis alors plongée dans la lecture de « Rêver la Palestine », roman fantasmatique d'une jeune fille arabe en fleur vénéneuse dont les héros sont des jeunes Palestiniens, perdant âme, espoir, souvent vie, dans la guerre. J'en suis sortie horrifiée par ce bloc de haine pure truffé de mensonges glaçants, parce que volontaires. A partir de la page 24 et jusqu'à la fin sans discontinuer, tout y passe : le regret qu'un des jeunes commettant un attentat suicide ne tue que cinq Israéliens, « un nombre insignifiant » alors qu'ils étaient des centaines, et la glorification de ce martyr, « nous vaincrons grâce à toi… » ; la profanation des mosquées et le viol des femmes palestiniennes par les soldats de Tsahal (peut-être lus dans le Nouvel Observateur) ; leur barbarie arrogante et permanente ; la légitimité du jihad exprimée en maints endroits, mais, seule et unique fois où le procédé est utilisé, en caractère gras et majuscules, page 165, elle prend un relief particulier, « Combattez pour la cause d'Allah contre ceux qui vous combattent ! Tuez-les partout où vous les rencontrerez » etc… ; l'antisémitisme fou, « un peuple maudit » auquel dans le Coran, sourate II, Al-Baqara, Allah dit « ô fils d'Israël, rappelez-vous les faveurs dont je vous ai comblés et de quelle façon je vous ai préférés aux autres peuples du monde… » Il [ Dieu] les a libérés et sauvés et c'est comme ça qu'ils le remercient ? En tuant ses fils [Les musulmans] ? Mais ce sont des pécheurs ! » ; d'où bien sûr les pages 140, 141, 142, les plus abjectes de l'ouvrage, dans lesquelles le peuple victime de la Shoah est décrit comme commettant « le deuxième génocide de l'histoire….ils ont décidé de torturer comme ils ont été torturés… tiens, les camps de concentration, non ne les cherche pas du regard, tu ne les verras pas, ces camps sont dans l'esprit des Hébreux qui…recréent les délires d'un chancelier allemand, dans les esprits de ces juifs qui semblent représenter tous les juifs du monde, même si ça n'est pas ça…. ».

N'achetez plus rien aux editions Flammarion et envoyez leurs un message a bgautrand@flammarion.fr. Merci a "Merde in France" pour le lien - je copie l'article entier ci-dessous.

« RÊVER LA PALESTINE »
ou le déshonneur de la maison Flammarion, 25 novembre 2002
Par Élisabeth Schemla contact@proche-orient.info
http://proche-orient.info/
xjournal_racism_analyse.php3?id_article=7046

En contravention avec la loi de juillet 1949, les éditions Flammarion viennent de publier dans leur département jeunesse un livre d'une adolescente, Randa Ghazi. "Rêver la Palestine" est en effet, sous couvert d'une fiction s'appuyant sur des faits d'actualité, un brulôt d'incitation à la haine, à la violence, au jihad contre les Israéliens et les juifs. Un livre qui, dans le contexte socio-politique français, ne peut qu'encourager les actes antisémites. Élisabeth Schemla, auteur Flammarion, a enquêté et s'est heurtée à un refus catégorique de l'éditeur de se reconnaître une responsabilité quelconque vis-à-vis de ses jeunes lecteurs. Récit et extraits.


Dans un premier temps, j'ai lu de conséquents extraits de « Rêver la Palestine », paru début novembre chez Flammarion. Un livre écrit par une adolescente, Randa Ghazy, née en Italie de parents égyptiens et qui fréquente, près de Milan, un lycée classique. Et d'abord, je l'avoue, l'indignation provoquée par ces mots explosifs que j'avais devant les yeux, incitation à la violence, à la haine, au terrorisme, au jihad, cette indignation l'a presque cédé à la surprise, voire à l'incrédulité. Flammarion, avoir publié ces phrases ? Pourquoi ? Comment ? Et tous ceux que j'y connais y auraient souscrit ?
Voilà treize ans en effet que, dans mes différentes fonctions journalistiques, j'entretiens des relations professionnelles fondées sur des valeurs communes avec cette maison d'édition. De surcroît, elle est aussi la mienne, en une fidélité réciproque : j'y étais en effet un auteur heureux qui, en dix ans, y a publié tous ses livres.

Confrontée aux extraits du Ghazy, j'ai donc aussitôt contacté Hélène Wadowski, directrice du département Jeunesse de la maison d'édition, puisque l'ouvrage est sorti dans la collection « Grands Formats » pour jeunes adolescents. Ensemble, nous sommes tombées d'accord : nous nous reparlerions une fois que j'aurai lu ce livre dans son intégralité. Mon interlocutrice me faisait valoir à juste titre que « des extraits n'ont aucun poids si l'on ne tient pas compte de ce qui les contrebalance dans le texte. Un peu comme si l'on prétendait qu'un procès raciste était fait à tous les roux, sous prétexte que, dans un roman, un auteur dépeindrait un personnage roux sous un jour déplaisant. » Parallèlement, je faisais transmettre à Flammarion lui-même les extraits en question, ayant appris qu'il n'avait pas pris connaissance de l'ouvrage incriminé.

Quant à moi, je me suis alors plongée dans la lecture de « Rêver la Palestine », roman fantasmatique d'une jeune fille arabe en fleur vénéneuse dont les héros sont des jeunes Palestiniens, perdant âme, espoir, souvent vie, dans la guerre. J'en suis sortie horrifiée par ce bloc de haine pure truffé de mensonges glaçants, parce que volontaires. A partir de la page 24 et jusqu'à la fin sans discontinuer, tout y passe : le regret qu'un des jeunes commettant un attentat suicide ne tue que cinq Israéliens, « un nombre insignifiant » alors qu'ils étaient des centaines, et la glorification de ce martyr, « nous vaincrons grâce à toi… » ; la profanation des mosquées et le viol des femmes palestiniennes par les soldats de Tsahal (peut-être lus dans le Nouvel Observateur) ; leur barbarie arrogante et permanente ; la légitimité du jihad exprimée en maints endroits, mais, seule et unique fois où le procédé est utilisé, en caractère gras et majuscules, page 165, elle prend un relief particulier, « Combattez pour la cause d'Allah contre ceux qui vous combattent ! Tuez-les partout où vous les rencontrerez » etc… ; l'antisémitisme fou, « un peuple maudit » auquel dans le Coran, sourate II, Al-Baqara, Allah dit « ô fils d'Israël, rappelez-vous les faveurs dont je vous ai comblés et de quelle façon je vous ai préférés aux autres peuples du monde… » Il [ Dieu] les a libérés et sauvés et c'est comme ça qu'ils le remercient ? En tuant ses fils [Les musulmans] ? Mais ce sont des pécheurs ! » ; d'où bien sûr les pages 140, 141, 142, les plus abjectes de l'ouvrage, dans lesquelles le peuple victime de la Shoah est décrit comme commettant « le deuxième génocide de l'histoire….ils ont décidé de torturer comme ils ont été torturés… tiens, les camps de concentration, non ne les cherche pas du regard, tu ne les verras pas, ces camps sont dans l'esprit des Hébreux qui…recréent les délires d'un chancelier allemand, dans les esprits de ces juifs qui semblent représenter tous les juifs du monde, même si ça n'est pas ça…. ».

Le coup de grâce est porté dans les pages de postface. On y apprend page 201 que la jeune Ghazy dédie son œuvre au petit Mohammed Al-Dura, tué en direct devant les caméras de télévision dans les premiers jours de l'Intifada en 2000. Ce qui est son droit, sauf que quelques lignes auparavant, dans le récit, on peut lire : « et quand on l'a interviewé, le soldat qui a tué le petit a dit qu'il avait gardé le père [Al-Dura] en vie pour le faire souffrir, c'est ce qu'il a dit, j'ai tué le fils et gardé le père en vie pour le faire souffrir… » Salauds de juifs, n'est-ce pas ? Et qu'importe si ni le soldat, ni l'entretien n'ont jamais existé hors l'imagination perverse et révisionniste de l'auteur. Car la jeune Ghazy, tout en se mettant à l'abri de la si commode fiction, souligne elle-même que « des faits d'actualité » viennent l'enrichir.

Puis, suivent des notes et un glossaire comportant une entrée « Palestine » à faire pâlir d'inquiétude un historien sérieux : la présence juive, fruit exclusif d'une immigration européenne, y débute seulement à la fin du 19ème siècle tandis que, par exemple, le contenu de la Charte de l'OLP est totalement passé sous silence. Entre autres inepties.

Enfin, une note de la traductrice avertit le lecteur du bonheur qu'elle a éprouvé devant « ce beau livre » dans lequel Randa Ghazy « aborde un sujet âpre avec l'engagement intrépide et la générosité de l'adolescence mais elle combat sans juger, se fiant d'abord à l'écriture pour porter sa propre émotion… »

La mienne m'a conduite à reprendre sans tarder mon téléphone. Charles-Henri Flammarion n'a pas cru bon de répondre à mes questions après avoir lu les extraits de « Rêver la Palestine », auxquels il ne semble rien avoir à redire. Il a chargé Henri Bourget, directeur juridique, d'expliquer la position de la maison : « C'est un très beau livre, équilibré, entre Israéliens et Palestiniens. Plutôt un hymne à l'amour entre jeunes des deux côtés, horrifiés par ce que font leurs parents [ un des héros palestiniens tombe amoureux d'une jeune israélienne à qui il demande de le suivre dans le camp de réfugiés de Khan Yunis et une femme du mouvement « La paix maintenant » fait une apparition fugitive, tout ceci en quelques pages]. Vraiment, continue Bourget, je ne vois pas ce qu'on peut reprocher à cet ouvrage. D'ailleurs, il est sorti dans six ou sept pays européens sans soulever de tollé. » Devant mon insistance à placer notre conversation sur la responsabilité de l'éditeur vis-à-vis des adolescents qui prendront connaissance de ce livre, en vertu de la loi du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse, et plus spécifiquement son article 2 qui n'accepte « …aucun récit (…), aucune insertion présentant sous un jour favorable le banditisme (…), la haine, (…) ou tous actes qualifiés crimes ou délits ou de nature (…) à inspirer ou entretenir des préjugés ethniques. », le directeur juridique s'emporte :

En France, on ne peut pas publier sur ces sujets sans s'attirer les foudres des Israélites. Mais dites-moi, vous avez pris parti pour Israël, vous…

Monsieur Bourget, je vous parle d'un livre paraissant en France destiné aux jeunes Français, et je ne prends qu'un seul parti : celui de la République et du droit, contre la haine et l'antisémitisme, en l'occurrence. Voudriez-vous insinuer par votre propos que vous ne me considérez pas comme française ?

J'ai pas dit ça, j'ai pas dit ça…. »

Je me suis ensuite retournée vers Hélène Wadowski, lui annonçant d'emblée que « Rêver la Palestine » me paraissait plus grave encore que ce que j'avais cru. Elle ne comprend pas mes questions et me répète ce que j'ai déjà entendu dans sa bouche : « La grande force du livre, c'est qu'il n'est ni d'un côté ni de l'autre. Il parle de la guerre, et ça se passe du côté palestinien, voilà tout. Je l'ai d'ailleurs relu hier soir avec précision. Il traite de : comment sortir de la guerre ? Le style narratif de l'auteur le rend emblématique d'autre chose, il parle de la douleur en général, de l'horreur de perdre les siens à quinze ans. Ce n'est pas un document dont tel ou tel passage pourrait prêter à discussion, mais un roman. D'ailleurs, j'ai un fils en troisième et à ma demande il l'a fait lire à son professeur d'histoire qui n'a rien trouvé à y redire. Ce n'est quand même pas pour quelques minuscules petites lignes….

Ce livre d'une jeune-fille prêche aux jeunes la vertu et la grandeur des attentats-suicides


Mais les attentats-suicides il y en a tous les jours, c'est donc bien normal qu'ils soient défendus par les personnages !

Et ces pages où les juifs sont présentés comme les auteurs d'un génocide après avoir subi la shoah, ça ne vous paraît pas irrecevable de les transmettre à de jeunes esprits ?

Madame, nous n'avons pas de ce livre la même lecture !

Comment qualifiez-vous votre « lecture » alors ?

Différente de la vôtre, c'est tout. Je n'ai rien à ajouter.

On comprend mieux pourquoi le CRIF, qui a officiellement demandé le retrait du livre de la vente, n'a pas obtenu de réponse de Flammarion. Mais cela n'explique toujours pas que le MRAP ou la LICRA, par exemple, ne se soient pas préoccupés d'un ouvrage aussi violent qui, dans le contexte politique et social, ne peut qu'entretenir les préjugés, les divisions, et contribuer à la multiplication des actes antisémites. Ceci au moment même où l'Union européenne vient de souligner sa préoccupation et sa volonté de combattre un antisémitisme en pleine expansion. Pour l'instant, seul Me William Goldnadel a officiellement saisi le ministre français de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, pour réclamer l'interdiction de « Rêver la Palestine » en vertu de la loi de juillet 1949.

Reste à savoir ce qui a poussé Flammarion a accepter de le publier tel quel. En Italie, ce sont les éditions Contrasti Fabbri Editori qui l'ont lancé. Elles font partie du groupe RCS Libri de Milan, autrement dit le groupe Rizzoli qui détient depuis trois ans… Flammarion. Or Rizzoli est également l'éditeur italien de « La Rage et l'orgueil », le pamphlet best seller d'Oriana Fallaci qui a déclenché un scandale européen et le courroux des élites, tandis que le Rhazy semble curieusement les laisser de marbre. Logiquement, pour la France, Flammarion aurait donc du être l'éditeur du Fallaci. Mais Charles-Henri Flammarion, patron contractuellement pour un an encore de la maison fondée par son grand-père, s'y serait opposé : le dernier Houellebecq, au goût de soufre pour l'islam et le procès qui s'est ensuivi, lui paraissaient tanguages bien suffisants. Et Rizzoli ne pourrait admettre que plusieurs de ses ouvrages soient refusés dans une maison d'édition dont il est le propriétaire et qui représente l'un des maillons de sa diffusion européenne. Moyennant quoi, l'ouvrage de la jeune Rhazy est en vente partout en France, témoignage de l'état d'esprit affolant d'une génération naturellement solidaire des Palestiniens – ce que personne ne peut lui reprocher, pas plus qu'aux juifs leur solidarité avec Israël –, mais entretenue par l'environnement médiatique, familial et associatif dans une haine structurante.

EXTRAITS DE « RÊVER LA PALESTINE »

Editions Flammarion
Collection Grands formats pour grands adolescents
Auteur : Randa Ghazi
Sorti le 4 novembre 2002

Pour mieux comprendre : Ibrahim, 30 ans, est le héros de l'ouvrage. Le seul livre qu'il lise volontiers, c'est le Coran. Une passion qui lui a été transmise par son père, qui était muezzin dans la mosquée de la ville. Un homme très religieux, tué par la guerre.

Au début de « Rêver la Palestine », un jeune naïf de vingt ans, Gamal, qui n'a pas son brevet, est décrit ne sachant qu'une chose : crier « Sharon, salaud, assassin, sans même savoir en réalité quelle tête il avait, ce qu'il avait fait dans la vie. Il savait seulement que c'était un salaud et un assassin. Gamal avait accepté une haine qui n'était pas la sienne, qui était celle d'un peuple ».

Page 24, Gamal commet un attentat suicide :

-« ...Voilà, Gamal, il a grandi comme ça, sans la possibilité de choisir (...) et puis tout le monde savait que ça arriverait, tout le monde le savait, c'était comme ça (...) il s'approcha d'une base de soldats israéliens, il se fit fouiller, et puis à un moment donné la bombe explosa, son torse se fragmenta en grumeaux, morceaux, fragments de chair, son corps explosa, il fit sauter à lui tout seul toute une zone de contrôle israélienne, cinq soldats moururent, en même temps que lui, cinq, et vu les centaines qu'il y avait partout on se demandait pourquoi, au fond, pourquoi foutre sa propre vie pour n'en tuer que cinq, des ennemis, c'est un nombre insignifiant... » (...) Tu nous manqueras, tu es courageux, vraiment je parle sérieusement, je ne sais pas si j'arriverais à le faire, nous nous souviendrons tous de toi, nous vaincrons, nous vaincrons aussi, grâce à toi, que Dieu soit avec toi, et ils l'avaient laissé partir... »

Page 31-34, Ibrahim se souvient de son père, Fahti :

« Ibrahim se sentait plein d'orgueil chaque fois qu'il entendait la voix forte et amplifiée par les micros de son père qui appelait les musulmans à la prière (...) Son père ne manifestait de passion que pour une chose en dehors de la religion : la guerre. La guerre qui faisait rage sous ses yeux depuis le jour où il était né, la guerre qui avait tué ses camarades, ses amis, ses parents, la guerre qui se nourrissait de sang et de larmes et qui frappait âpre, forte à la porte de peuple palestinien (...) son père disait, ceci est notre terre, Et le Djihad est légitime. Légitime. Souvenez vous, Allah nous a dit défendez votre terre (...) et ce sera une guerre sainte, le Djihad ».

-Son père s'avança et s'arrêta devant lui et récita : « Tu ne dois pas considérer comme morts ceux qui ont été tués sur le sentier d'Allah. lis sont vivants au contraire et bien pourvus par leurs seigneurs, heureux de ce qu'Allah, par sa grâce octroie »

Page 35 : Le père est abattu de sang froid par les soldats israéliens

-« Il vit son père étendu à terre et tous regardaient, et le sang souillait la place, le Coran taché et jeté à terre, ouvert, avec sa couverture brisée. Son père à terre, tout ce sang. Il était arrivé en paix, avec le Coran, il avait commencé à réciter des versets, condamnant les soldats, condamnant leur violence et leur brutalité (...) Les soldats de plus en plus inquiets, puis épouvantés, Fahti avait agité le bras vers eux, les accusant de crime de sang, de crimes de foi (...) c'était au fond un vieillard, il ne faisait que réciter des versets, mais ils étaient intervenus et finalement ils avaient tirés sur lui » »

Page 44 : Les soldats israéliens pénètrent dans une mosquée

-« Ils étaient carrément entrés avec leurs godillots laissant sur la moquette de prière immaculée boue et poussière (...) La tension était à son comble et elle exploserait, elle exploserait de manière terrible (...) Et Ibrahim vit alors ce qu'il savait redouter, et ce fut quelque chose dans les yeux de l'un des soldats, le plus crâneur, le plus arrogant (...) Les gens commençaient à crier, à dire allez vous en, laissez-nous dans notre pays, dans notre patrie, allez-vous en, et laissez-nous seuls, n'entrez pas dans nos mosquées et ne bousillez pas nos vies (...) Un garçon il pouvait avoir vingt ans, un jeune avec un jean déchiré et le keffieh enroulé autour du coup se jeta en avant espérant sans doute être un héros, faire quelque chose de tangible, de concret pour son pays (...) le soldat le plus arrogant, en un éclair, d'un geste presque mécanique, du geste de qui est habitué à sortir son fusil, à tirer, à tuer, d'un geste presque mécanique, mécanique, fit feu... »

Page 49 : un autre jeune qui lance une pierre est à son tour abattu

-« une femme sortit, à découvert et s'élança vers son fils, vers le corps désarmé étendu à terre, pleurant, hurlant, sanglotant ebni, ebni ! mon fils, mon fils !, et au moment où les soldats la virent se jeter en avant, ils firent feu, tous les quatre, et la femme s'écroula à terre et le sang se mit à jaillir... »

Page 57, L'histoire de Gihad et Riham, deux adolescents palestiniens :

-« La famille de Gihad et de Riham, les parents et les petits jumeaux de quatre mois, avait été exterminée lorsqu'ils étaient encore enfants. Ce jour-là les chars entrèrent dans le village et les soldats tirèrent sur toutes les personnes qu'ils trouvèrent, femmes, vieillards, enfants, ils entrèrent dans toutes les maisons, à quelques unes ils mirent le feu alors que les familles étaient à l'intérieur, dans d'autres ils violèrent les femmes, volèrent l'argent et détruisirent tout, ils frappèrent les vieux et brisèrent les os des enfants, sans toutefois les tuer, pour que les gens puissent vivre longtemps avec des enfants, des garçons qui grandissaient invalides et qui étaient un poids pour les familles, pour que les gens en viennent à haïr ces petits enfants, ces garçons, qui un jour ne pourraient même pas défendre leur famille dans une Intifada... »

Page 64, Riham s'exclame :

-« Cette guerre est notre plaie (...) Bon sang, il n'y a pas moyens d'arrêter les pécheurs, les juifs ? Ils nous tuent tous, pourquoi ? »

Page 76, Ramy, le médecin chrétien de l'hôpital :

-« Je sais Mohamad. Des scènes comme ça, j'en vois tous les jours : à l'hôpital, et puis quand je rentre chez moi, parce que mes nuits sont peuplées de cauchemars. Ces Israéliens sont des brutes, des brutes, il faudrait les tuer tous ».

Mohamad, un adulte, réplique :

-« Je m'en fous de la paix, la paix elle est irréalisable maintenant ! Ils veulent nous exterminer tous, la voilà la vérité, alors ça me déplaît pour Arafat, mais je dois faire quelque chose. Les juifs sont tranquilles dans leurs maisons et nous au contraire on a des hôpitaux pleins de gens qui meurent, et des villages détruits, des vieux frappés et des femmes violées. On ne peut pas permettre que ça continue comme ça ! Ecoute Ramy, J'ai pris une décision. Je dois faire quelque chose ! »

Page 77, Mohamad poursuit :

-« Pourquoi nous font-ils ça ? C'est un peuple maudit, je te le dis Ramy, c'est un peuple maudit : ils ont tellement souffert mais maintenant ils veulent nous faire payer ce qui leur est arrivé (...) Pourquoi continuent-ils à se mettre du sang sur les mains ? »

Page 85, Ibrahim :

-« Si la violence est le seul moyen qui reste pour parvenir à la paix, il faut l'accepter et chercher à avoir le dessus ».

Page 86, Nedal :

-« Eux, ils ne se demandent pas si leur Dieu accepte la violence (...) ils nous infligent les tortures qu'on leur a infligées (...) Ils viennent occuper nos terres et font feu sans même regarder leurs victimes en face. Si je me trouvais devant un juif, je lui demanderais : mais tu n'as pas peur du seigneur ? Et je voudrais bien savoir ce qu'il me répondrait, va savoir... »

Page 86, Ibrahim :

-« Nous l'avons essayée cent fois la voie du dialogue, et cent fois, ils n'ont pas respecté les accords, ils ont fait ce qu'ils voulaient, en s'opposant au monde entier (...) Chercher la voie du dialogue maintenant ça reviendrait à se rendre à leurs brimades et à se soumettre à leur volonté »

L'action se poursuit, les adolescents grandissent.

Page 126 :

-« Ils grandissaient tous comme ça, submergés par la douleur et par la colère et il était hypocrite et injuste de les critiquer quand ils lançaient des pierres ou se tuaient pour devenir Shuhada, martyrs, c'était si injuste. Comment aurait-il pu, un jour, lui, Ibrahim reprocher à Ahmed la violence dont il ferait certainement preuve dans l'avenir envers les Israéliens ? Il est trop facile de critiquer ceux qui utilisent la violence. »

Page 127 : à propos d'Ibrahim :

-Parfois quand sa haine envers l'ennemi devenait aiguë, presque violente, il prenait le Coran entre ses mains et prêchait à ses amis : « Ô fils d'Israël, rappelez-vous les faveurs dont je vous ai comblés et de quelle façon je vous ai préférés aux autres peuples du monde. » (Sourate II, Al-Baqara). Il les a libérés et sauvés et c'est comme ça qu'ils le remercient ? En tuant ses fils ? Mais ce sont des pécheurs ! »

Page 140-142 :

Ibrahim sait parfaitement que le gouvernement israélien ne peut pas vouloir la paix, car la paix signifie négociations, signifie compromis, signifie sollicitude et signifie humanité et sensibilité, mais les Israéliens veulent les terres, toutes, ils veulent leur terre d'Israël, ils veulent réaliser leur utopie du Grand Israël, il ne se contenteront pas de permettre que les Palestiniens créent leur état, ils n'ont jamais respecté les accords, ils essayent de tout prendre, tout, Dieu, le monde ne s'en rend pas compte, comment fait-il pour ne pas s'en rendre compte, se demande Ibrahim, et une voix au-dedans de lui répond que le monde ne veut pas s'en rendre compte, il a pris depuis longtemps sa décision, sa décision est de faire comme si de rien n'était et de détourner les yeux, ils ont décidé de permettre que les Israéliens fassent ce qu'ils veulent, ils ont choisi la guerre, ils ont choisi la mort, ils ont choisi d'abandonner un peuple délaissé depuis toujours, Ibrahim sait ce qui arrivera, ceci est le deuxième génocide de l'histoire, les détenteurs du pouvoir, les premiers responsables de ces morts, n'ont pas accepté l'enseigne- ment de la douleur, non, ils ont décidé de torturer un autre peuple comme ils ont été torturés, de faire payer leurs souffrances à des gens désespérés, misérables, qui ont tout perdu, sauf peut-être une chose, la foi, et c'est pour cela qu'on les critique, parce qu'ils ont donné un nom à leur guerre, le Djihad, parce qu'ils ont décidé de ne pas perdre la foi en Allah, et c'est pour ça qu'on les critique, et qu'on les tue et les tourmente et tiens, les camps de concentration, non, ne les cherche pas du regard, tu ne les verras pas, ces camps sont dans les esprits des Hébreux qui dirigent un gouvernement-imposture, qui recréent les délires d'un chancelier allemand, dans les esprits de ces Juifs qui semblent représenter tous les Juifs du monde, même si ce n'est pas comme ça. Ibrahim sait, il croit, il espère qu'ils ne sont pas tous comme ça, un peuple entier ne peut pas être comme ça. Il y a des gens qui le croient encore, qui ne masquent pas la tragédie sous l'illusion, mais regardent la réalité en face, comme cette femme, cette femme qu'il a vue un après-midi à la télé chez son voisin Riad, cette femme qui au nom de la communauté juive de Suisse qui la main sur le cœur déclarait que le gouvernement d'Israël ne les représentait pas, qu'ils protestaient contre la violence faite aux Palestiniens, qu'ils étaient Juifs mais que tous les Juifs ne maudissaient pas les Palestiniens, et qu'ils ne voulaient pas tous leur destruction. Alors, donc ces puissants ne représentent pas la volonté de chaque Juif du monde, mais ils ont le pouvoir de le faire accroire, le pouvoir, ils ont des camps de concentration dans l'esprit, mais là ils ne les construisent pas pour de bon et ils n'y jettent pas les Palestiniens car de nos jours les caméras télé arriveraient jusque-là et car le monde alors serait forcé de s'arracher à la maudite torpeur où il est enlisé, la torpeur qui l'a poussé à accepter ces morts, car le monde serait forcé de se réveiller, Dieu, la paix ne se fait pas avec les morts -

Page 165-166, Ibrahim assiste à une manifestation de gamins portant des banderoles à la gloire du Djihad :

-Ces enfants étaient condamnés à une vie de violence, et leur mort était déjà écrite, leur fin déjà décidée, ils étaient prisonniers d'une chaîne qui ne se briserait jamais, ils étaient prisonniers de la violence (...) Ibrahim n'avait pas le coeur de condamner les parents de ces enfants, Ibrahim ne pouvait condamner ces gens, car à leur heure, les parents de ces enfants avaient grandis bouleversés par la douleur, happés par la haine, comment pouvait-on les juger ? Comment pouvait-on les condamner ? Un enfant dont on tue les parents sous les yeux sera toujours tourmenté par la soif de vengeance, il sera tourmenté par la haine (...) il en sera tourmenté et ne pourra que se convertir à une vie de haine (...) le germe du mal s'était désormais insinué parmi eux (...) Ibrahim, cela lui faisait mal de penser qu'au fond lui aussi était comme ces enfants, et ses amis l'étaient, et tout son peuple l'était, ils étaient comme ces enfants, détruits par la haine, détruits par le mal (...) désormais même l'air qu'il respirait en était imprégné. La haine. Désormais même le sol qu'il foulait en était contaminé. La terre de la haine. »

Page 180, la mort en direct de Mohamed Al- Dura :

-« Je pense au 3 septembre de l'année passée, quand ce gosse Mohamed Aldorra a été tué, et quand on l'a interviewé, le soldat qui a tué le petit a dit qu'il avait gardé le père en vie pour le faire souffrir, c'est ce qu'il a dit, j'ai gardé le père en vie pour le faire souffrir »

Page 194, Ibrahim participe à une émeute. Il lance des pierres contre les soldats :

-« Ramasse, lance, ramasse, lance, lance, lance (...) tue avant qu'on te tue (...) Ibrahim s'aperçoit qu'il en a étendu quatre ou cinq, pas mal, pas mal... »

Page 199, fin du roman. A propos d'Ibrahim

-« il hait, il hait (...) il hait les soldats, il hait chaque Israélien qui vit à la surface de la terre, c'est une haine inconditionnelle, irrationnelle qu'on ne peut expliquer, justifier, mais non plus critiquer ».

Posted by David Melle at November 27, 2002 04:05 PM
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